Mes amis, ce qui suit est blindé de fautes, d'incohérences, de trucs qu'il faudra revoir, corriger, effacer.
Ce qui suit vient de nulle part et n'ira sans doute pas plus loin que cet humble blog.
Mais ça restera là. C'est mon passé, ma dernière histoire avant que ma plume ne devienne rebelle et desséchée. Alors, après tout.
Elle est là, assise sur un banc. Elle est belle. Métisse certainement. Sa peau mate, ses cheveux sombres, son visage fin, son corps fin et délié, chacun de ses gestes sont empreints d'une grâce douloureuse. Ses yeux noirs brillent, dedans on lit le désespoir et la résignation. Ses vêtements sont sales, déchirés. Son jean est plus marron que bleu, son t-shirt est décoloré et sa veste en cuir tannée par le temps. A côté d'elle, un sac à dos usé et vide.
La rue fourmille de gens pressés, d'hommes d'affaires rejoignant leur bureau, le portable quasiment greffé sur l'oreille, des vendeurs qui relèvent les grilles devant leur boutique, des jeunes qui vont au lycée d'un pas nonchalant.
Au milieu de la ville qui s'éveille, elle est comme une statue.
Personne ne lui accorde un regard, et elle ne les demande pas. Immobile dans la tourmente, statue résistant aux éléments.
Elle semble attendre. Elle regarde le ciel où tournoient les pigeons, suit vaguement les files de voitures dociles, survolant la place d'un regard amer.
Le soleil pointe à peine son nez et déjà les chèvrefeuilles embaument de leur parfum suave et chaud, et au centre de la place, une fontaine ruisselle joyeusement.
Rien ne semble l'atteindre.
Enfin elle se lève, inspire et prend la direction du centre de la ville.
Son pas est sûr, ses yeux fixent l'horizon, les tours de béton qui cernent la ville. Elle sait où elle va. Elle ne va nulle part.
Devant les cafés, des gens attablés devant un café, un croissant et un journal, comme chaque matin. Sur les petites tables rondes, leurs portables, leur portefeuilles ou parfois, leur PDA. Elle passe, sa main jaillit, et fait disparaître quelque chose dans sa manche. Tout y rentre, et elle continue d'avancer avec un calme parfait, comme si le jeu vif de ses doigts lui était étranger.
Et quand les cris retentissent sur les terrasses des cafés, elle est déjà bien loin, avec son sac plein et une esquisse de sourire, parfois, sur ses lèvres.
La matinée se termine, la ville est calme, assommée par la chaleur.
Elle se promène au bord du canal, à l'ombre d'une rangée d'arbres. Son attention flotte sur l'eau verte, dans son dos, son sac pend lourdement.
Elle se penche au-dessus de l'onde, surprend les ébats d'un couple de canards. Les volatiles poussent des cris forcés et insolites. Elle rit. Ses yeux s'éclairent un instant d'une joie triste, puis elle reprend sa flânerie au bord de l'eau, plongée dans ses pensées.
Les ombres des feuilles passent sur son visage, des rais de soleil se perdent dans ses cheveux lisses. Elle est belle.
Quelques badauds la croisent sans la voir. Elle est invisible, perdue, ignorée, oubliée.
Quelque part, des cloches sonnent midi. Elle relève un instant la tête, revenant brusquement à la réalité. Midi, déjà. C'est l'heure.
Elle tourne le dos au canal, traverse la ville pour rejoindre les cités grises qui s'y collent comme des moules sur leur rocher.
Elle marche vite, n'hésite jamais. Elle connaît le chemin par c½ur.
Enfin elle parvient à son but, une haute tour aussi minable que les autres, à la façade anonyme, avec la plupart des volets, clos, fermés sur un monde pauvre et étroit. Triste.
La porte de verre du hall est en mille morceaux sur le sol, depuis longtemps d'ailleurs. Personne ne s'en soucie, ni les habitants, ni les riches constructeurs qui se contentent d'empocher les loyers à la fin du mois.
Elle pénètre dans l'ombre du hall, au milieu des boites aux lettres vides et des tags vulgaires sur les murs. Elle passe comme une ombre devant l'ascenseur éternellement hors service, prend les escaliers.
Elle monte les marches deux par deux, vite. Les paliers comme l'escalier sont couverts de saleté, jonchés de détritus divers ou carrément couverts de sacs poubelle. Elle monte toujours, étage après étage, sans s'arrêter. Ses baskets font un bruit mat sur le béton froid, son sac secoué produit des tintements de plastique et de pièces de monnaie.
Les chiffres défilent. Elle s'arrête au 17ième étage, à bout de souffle. Frappe à une porte sombre, bardée de deux serrures et munie d'un ½illeton.
Trois coups secs.